« Ayo, ayo...Eléphants », c'est la chanson que Chantal Taïba avait créée pour soutenir les Ivoiriens, chez eux en 1984. L'hymne est venu. Mais il a attendu 1992 pour trouver un écho à Dakar. Quatorze ans après, deuxième finale pour les protégés d'Henri Michel. Beaucoup doutaient. Beaucoup réclamaient à cor et à cri la tête de l'entraîneur français. Si, vendredi, les Ivoiriens gagnent la finale, il sera consacré héros national. Mais c'est une autre affaire.
Une certitude : la Côte d'Ivoire a mérité sa victoire, pour l'avoir peut-être plus voulue que les Nigérians et sans doute aussi pour en avoir eu davantage les moyens physiques, après des quarts de finale physiquement épuisants pour les deux équipes. Technicité, fluidité. La confrontation des deux football ne pouvaient pas ne pas être différente du duel ivoiro-camerounais des quarts de finale.
Les Nigérians présentaient sur la pelouse du stade Haras El Hedod (stade des gardes-frontières) une formation très offensive avec Martins, Odemwingie, mais aussi Kanu, porteur du brassard de capitaine, et Nsofor. De quoi bouger la défense des « Eléphants » où Henri Michel avait choisi de redonner sa chance à Meïté. Retour de Yapi Yapo au milieu de terrain sur le côté droit. On avait toutes les raisons d'espérer un jeu plus technique.
Mais la partie tardait à se débrider, comme si les deux équipes qui avaient fourni beaucoup d'efforts en quarts de finale, n'avaient pas totalement récupéré. C'était visible sur les attaques ivoiriennes où jamais Drogba et Kalou ne parvenaient à prendre de vitesse la défense commandée par Joseph Yobo. Le milieu ivoirien était trop en retrait et toutes ses actions cherchaient trop à la pointe du combat Didier Drogba, ce qui ne pouvait tromper les Verts. Le rythme n'était pas très soutenu et chacun restait prudemment sur ses gardes. Les frappes n'étaient pas cadrées et ne parvenaient à mettre en danger ni Enyeama, ni Tizié, son vis-à-vis ivoirien. Dans les tribunes, on restait un peu sur sa faim. On attendait un jeu plus libéré, mieux organisé, plus direct. Incontestablement, les deux équipes n'étaient pas remises de leurs prolongations et de leurs tirs au but respectifs.
Que faudrait-il pour animer la partie? La rentrée de Jay Jay Okocha, par exemple. Pendant la mi-temps, seul sur la pelouse, il se livrait à une séance d'échauffement. Arrivé au début en chaussures de tennis, il avait chaussé les crampons. Son premier match de la CAN et, en même temps son dernier ou l'avant-dernier, sous le maillot des « Super Eagles ». En fait, les spectateurs attendaient son entrée sur le terrain. Ils avaient comme un pressentiment.
La partie venait tout juste de reprendre qu'une très longue balle en profondeur à destination de Didier Drogba trouvait l'attaquant ivoirien en position isolée, légèrement à droite. Il filait vers Enyeama, ajustait son tir qui passait entre les jambes du malheureux gardien. A la 46e minute, 1-0 en faveur des Eléphants. C'était désormais aux « Super Eagles » de faire le jeu avec...Mister Okocha à la place du jeune John Mikel Obi, sous les applaudissements conjugués des spectateurs. Le vieux chef d'orchestre allait-il mener ses troupes d'une baguette ferme et sûre ? Il s'installait confortablement dans le faux rythme de la rencontre, ce qui n'était peut-être pas pour lui déplaire. Premier coup franc à vingt-cinq mètres du but ivoirien, Okocha le frappe dans les bras de Tizié. Vigilance, vigilance, il en a marqué quelques-uns sur ces fameux coups de pied arrêtés. Une minute plus tard, un nouveau tir, dans l'action, détourné en corner ;
La rencontre s'animait. La pendule ne tournait pas en faveur des Nigérians qui, pourtant, se montraient pressants dans la moitié de terrain ivoirienne. Agahowa prenait la place de Kanu, Okocha récupérait le brassard de capitaine et Henri Michel rappelait Kalou pour lui substituer Arouna Koné. L'indécision de la rencontre en renforçait l'intérêt. Les Nigérians ne trouvaient pas la faille chez les oranges aussi solides qu'ils l'avaient démontré lors du match précédent (face au Cameroun). Les Ivoiriens guettaient la moindre opportunité de contre. Ils étaient parfaitement dans leur rôle. Sur un nouveau service d'Okocha, Tizié intervenait dans les pieds de Martins judicieusement démarqué. La seule belle opportunité nigériane de revenir à la marque.
Quatre minutes de temps additionnel. La Côte d'Ivoire, plus fraîche, s'ouvrait toutes grandes les portes de la finale, quatorze ans après celle de Dakar. Ce n'était pas évident au coup d'envoi de la 25e Coupe d'Afrique des nations. Elle a souffert pour y parvenir, mais elle s'est battue avec des armes qu'on ne lui soupçonnait pas. C'est, sans doute là, sa première victoire. Elle a d'ores et déjà pris en Egypte une dimension supplémentaire, quelle que soit l'issue de la finale.